13 février 2022

Avertissement

 Normalement, dans un blog, les articles les plus récents sont ceux qui apparaissent en premier, les plus anciens étant accessibles à la fin par un menu déroulant.

Par contre, pour faciliter la lecture, les articles de ce blog, maintenant terminé, sont classés par ordre chronologique.
Pour cela, les dates d'édition ont été modifiées, les articles plus anciens devenant les premiers à la lecture.Ce qui fait que la mention de bas de page "articles plus anciens" renvoie en fait aux articles suivants, plus récents.

L'introduction de Jean-Marie Mengin

 



GR 5 / E2

Sentier européen
Mer du Nord - Méditerranée

(Hoek-van-Holland – Nice)

-2300 km-



En 1947, est créé par le Comité National des Sentiers de Grande Randonnée le GR 5, reliant Saverne à Nice.
Se faisant, il utilise dans les Vosges le sentier au rectangle rouge créé en 1897 par le Club Vosgien, parcours nord - sud de la chaîne des Vosges, précurseur des sentiers de grande randonnée.
En 1954, le Luxembourg demandant à être relié au réseau, le tracé a été modifié. En provenance de Lorraine, il pénètre alors dans les Vosges à Abreschviller et rejoint le sentier au rectangle rouge au col de l'Engin.
Le sentier européen E2 Mer du Nord - Méditerranée, dans sa variante hollandaise, épouse le parcours du GR 5, depuis Bergen-op-Zoom jusqu'à Nice. Le balisage en Belgique a été entrepris à partir de 1959. La portion Hoek-van-Holland - Bergen-op-Zoom, créée beaucoup plus tard, utilise le LAW 5-1, l'un des maillons du réseau néerlandais de grande randonnée.

Le GR 5 / E2 relie la Mer du Nord à la Méditerranée sur un parcours de 2300 km à travers les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg, la Suisse et toute la France. Il débute dans les plaines de l’Europe du Nord, gagne le massif des Ardennes puis la bordure est du Bassin parisien, les Vosges, la trouée de Belfort, le Jura, effleure le plateau suisse et traverse les Alpes.
Ce faisant, le GR 5 parcourt le parc naturel régional de Lorraine, le parc national de la Vanoise, le parc naturel régional du Queyras et le parc national du Mercantour. Les parcs naturels régionaux des Ballons des Vosges et du Haut Jura n’ont été créés qu’après mon passage.

D'abord sentier de proximité d'un jour ou d'un week-end dans sa traversée de l'Alsace et de la Lorraine, le temps de parcours s'est progressivement allongé à la semaine, vu l'éloignement des points de départ. J'ai parcouru ce sentier de 1981 à 1997 : alternativement vers le sud depuis Abreschviller jusqu'à Nice (1981 - 1994), ou vers le nord d'Abreschviller à Hoek-van-Holland (1982 - 1997). Viviane a parcouru avec moi la portion allant de Hoek-van-Holland à Samoëns (Haute-Savoie). J'ai terminé seul le trajet dans les Alpes.


https://gr5partienord.blogspot.fr

Deuxième partie

                                                                        Deuxième partie
vers le nord


Abreschviller - Hoek-van-Holland



Lundi 20 avril 1981 : Abreschviller - bois de la Minière

 En provenance de Schiltigheim, Viviane me dépose à Abreschviller et repart à Saverne. [Elle refera plus tard cette portion du trajet lors d'autres sorties.]

Je commence à marcher à 14h15 au départ d'Abreschviller, en Lorraine (département de Moselle). Je traverse la Sarre Rouge et monte en forêt, passe à la roche de la Basse Frentz et atteins le col des Deux Croix.
De là, je descends par un joli sentier de plus en plus rude vers la basse de l'Engenthal. C’est le dernier dénivelé important du massif vosgien. Un sombre chemin qui s'aère petit à petit mène à Saint-Quirin. Je traverse le village. Un peu plus loin, le sentier coupe un virage en épingle et rejoint à nouveau la route.
Je traverse alors le bois de la Neuve Grange. Au milieu du parcours, un panneau en pleine forêt, sans autre information, indique dans un sens « Hollande » et dans l'autre « Méditerranée » ! A la sortie du bois, le sentier descend par une forte pente au hameau de Métairie-St-Quirin. On quitte ici les terres gréseuses. C'est la fin du massif vosgien.

Le sentier aborde le plateau lorrain, dans les couches anciennes marneuses et calcaires.
Par une route départementale je rejoins la Sarre Blanche  puis le village de Niderhoff que je traverse. Arrêt dans une auberge.
Je passe à Fraquelfing, petit village lorrain agricole. Par un chemin de terre, je rejoins la route forestière qui mène au bois de la Minière. Lors d’un coup d’œil en arrière, je bénéficie d’une belle vue sur la chaîne des Vosges.
Au milieu du bois, traversé par une route départementale, Viviane m'attend, à 18h, assise sur une borne.

*****

Dimanche 4 avril 1982 : Bois de la Minière - auberge des Bachats.

 Parvenu avec Viviane au bois de la Minière, j'emmène la voiture près du village de Rhodes et reviens en vélo.

A 13h, Viviane et moi commençons à marcher. Nous quittons le bois de la Minière, dans un paysage printanier, traversons Aspach puis Landange par monts et par vaux. Nous atteignons la RN 4 (Strasbourg - Nancy). Nous la traversons et continuons la petite route qui mène à Gondrexange. Il fait beau, et les alouettes s'élèvent en chantant dans l'azur.
A l’entrée du village, on rencontre le canal de la Marne au Rhin que l’on va retrouver à la sortie et le franchir sur un pont.
Nous pénétrons dans le pays des étangs. Le sentier va longer le canal d'un côté et le Petit-Etang de l'autre, par le sentier des Pêcheurs, jusqu'à la jonction avec le canal des Houillères. Nous empruntons alors sur la droite un chemin de halage, longeant également l'étang de Gondrexange. On remarque un grand nombre d'oiseaux d'eau sur l'étang.
Nous passons sous la RN 55 (Strasbourg - Metz), toujours sur le chemin de halage, et contournons le village de Diane-Capelle pour rejoindre par un escalier une petite route. Nous coupons alors à travers un terrain de camping et nous dirigeons vers la digue du Vieil Etang. Après cette digue, nous traversons tout droit le bois des Brainches par la tranchée des Bachats. Nous atteignons une nouvelle digue (du « Gros Etang ») que nous traversons au milieu des joncs.
Nous rejoignons la ferme-auberge des Bachats, près du village de Rhodes, où nous retrouvons la voiture à 17h30.
Nous sommes ici à peu près à la frontière linguistique de la Lorraine, germanique d'un côté, francophone de l'autre.

*****

Dimanche 13 juin 1982 : Auberge des Bachats - Blanche-Eglise.

 Nous arrivons dans la matinée à Rhodes. J'emmène la voiture à Blanche-Eglise et reviens en vélo.

A 11h, nous démarrons de l'auberge des Bachats sous un temps pluvieux.
Nous rejoignons la D91 et empruntons un chemin de terre boueux. Nous pénétrons dans le parc naturel régional de Lorraine.
Mes chaussures de marche toutes neuves sont vite détrempées. On rejoint la D95 que l'on suit jusqu'au village de Fribourg. Un chemin de terre nous mène au bois de la Charbonnière que l'on traverse. Après une large tranchée, on atteint une digue qui franchit l'étang de Viller.
Nous traversons le bois de Bourloque. Par un chemin rural nous rejoignons le village d'Assenoncourt. Par la route, on passe devant la maison forestière d'Assenoncourt puis le château d'Alteville. Temps variable : alternance d'ondées et de soleil.
A un embranchement, nous quittons le GR pour passer au village de Tarquimpolancienne station romaine célèbre dans l'Antiquité, entouré par les eaux de l'étang de Lindre. Nous y casse-croûtons.
Après que nous ayons rejoint le GR, nous sommes à nouveau douchés par une giboulée sur la route. Peu après, en longeant l'étang de Lindre, nous pénétrons en forêt. 


Des flaques d'eau encombrent le sentier. Nous débouchons sur la route de Dieuze que nous suivons sur un kilomètre. Nous empruntons ensuite une allée forestière qui mène à une ancienne maison de garde-barrière. Nous pénétrons dans le bois de Morsack, à proximité d'un champ de tir. Par un chemin de traverse puis une route départementale, nous atteignons le village-rue de 
Blanche-Eglise à 18h, au centre duquel nous retrouvons la voiture.

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Samedi 7 août 1982 : Blanche-Eglise - Salonnes.

 A midi, nous partons en Lorraine pour le week-end. J'emmène la voiture à Amance puis je reviens en auto-stop à Blanche-Eglise où Viviane m'attend sous une grange.

A 16h15, nous partons, sacs à dos chargés, sur un chemin goudronné très peu fréquenté jusqu'à Marsal. Nous arrivons dans le pays du sel, ou « Saulnois ». Nous traversons le village, passons sous une porte fortifiée construite par Vauban qui abrite le musée du sel, consacré à l'exploitation du sel en Lorraine. Les sources salées de la vallée de la Seille étaient déjà exploitées avant l'arrivée des Romains.


Le sentier longe la vallée de 
la Seille, sur le flanc de la côte St Jean, par un chemin boueux. La pluie tombe. Nous continuons à travers prés jusqu'à une passerelle près de quelques saules, et rejoignons la nationale Strasbourg - Metz. Par une route goudronnée nous atteignons Vic-sur-Seille, petite ville médiévale. Nous traversons la localité pour emprunter un chemin qui monte dans des vergers. Parmi les broussailles, on atteint le haut de la côte.
Il est 20h. Nous nous arrêtons dans un verger pour bivouaquer. Nous installons la tente. Le temps se dégage et, à la nuit, nous avons une belle vue sur les lumières de la vallée de la Seille.

Dimanche 8 août 1982 : Salonnes - Amance.

 Au matin, nous démontons la tente et reprenons notre chemin en traversant des vergers. Nous quittons la partie orientale du parc régional de Lorraine et descendons à Salonnes.

Nous montons vers le bois de la Marchande que nous contournons. Après une sente herbeuse et une friche que nous traversons à vue, nous pénétrons en forêt. On traverse encore des prairies puis un ruisseau ; on tombe sur le Chemin de la Reine et on entre à nouveau dans une forêt. Le GR la traverse, passe à une source puis à des abris de la guerre 14-18 et débouche sur la crête d'une colline, dans des prairies.
Le sentier dévale vers Gremecey, que l'on traverse. Nous remontons sur une colline à travers prés. Nous nous arrêtons pour manger, surplombant le village.
L'après-midi, le GR 5 se poursuit sur la colline, le long de buissons, de friches, de terres labourées et de prés clôturés où pâturent des vaches de race pie noire. Il faut souvent se frayer un passage dans les buissons et les hautes herbes, cette portion du GR n'étant pas très fréquentée par les randonneurs.

On atteint un petit pont sur la Seille où l'on pénètre dans le département de Meurthe-et-Moselle et le village de Brin-sur-Seille.
Village désert. C'est dimanche - un brin tristounet ! -  Seul le bistro est animé.
Nous nous dirigeons vers la forêt d'Amance, longeons l'étang de Brin, traversons la forêt. Au champ du Mouteux, nous allons tout droit dans la prairie et grimpons la pente du Grand Mont d'Amance (410 m). En bordure du plateau, entre taillis et haies, nous perdons le GR, fatigue aidant...
Nous arrivons tant bien que mal au village d'Amance, perché sur une butte calcaire en contrebas du Grand Mont. De nombreuses sculptures et des écussons ornent les façades des maisons.
Nous y retrouvons la voiture vers 18h.

*****

Dimanche 20 février 1983 : Amance - Pompey.

Nous partons au matin avec Gilbert Ardouin jusqu'à Amance.
J'emmène la voiture à Pompey et reviens en vélo sur la butte d'Amance.

Je commence à marcher avec Viviane et Gilbert Ardouin à partir de midi.
Il y a de la neige sur la butte. Nous descendons la pente du Petit Mont d'Amance et gagnons le hameau de Moulin. Nous arrivons à Blanzey, important corps de ferme avec une chapelle dont la crypte date du XIIe siècle. On en traverse les bâtiments avant de gagner la forêt.
Peu après, on s’arrête en lisière pour casser la croûte.
Nous poursuivons ensuite sur un sentier en forêt, où subsiste encore de la neige. Nous descendons dans un petit vallon, passons à côté des ruines de la tour dite des Pestiférés, remontons vers une prairie au milieu des bois.
Nous continuons par des chemins forestiers, certains mal entretenus, jusqu'à une cabane de chasse. Nous rejoignons un large chemin militaire empierré, utilisé pendant la Première Guerre mondiale. Nous allons le parcourir pendant 6 km dans le bois de Faulx. On rencontre des familles en promenade, profitant avec chiens et enfants de la neige finissante.

A la fin du chemin, le GR débouche au-dessus de la vallée de la Moselle et dévale les dernières pentes du plateau lorrain, à travers prés. On atteint Custines. Par une route départementale, nous passons succes-sivement au-dessus de l'autoroute, de la Moselle, de zones industrielles et portuaires, d'aciéries et du canal. Nous aboutissons à 17h sur la nationale 57 à l'entrée de Pompey, au nord de Nancy et au confluent de la Meurthe et de la Moselle.

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Dimanche 1er mai 1983 : Pompey - Rosières-en-Haye.

 Nous arrivons dans la matinée à Pompey. J'emmène la voiture et reviens en vélo.

Viviane et moi quittons Pompey à midi pour monter par un raidillon dans la forêt de l'Avant-garde.
Nous abordons les Côtes de Moselle. Le long de ce tronçon, jusqu'à la frontière luxembourgeoise, le GR, tantôt sur les plateaux calcaires, tantôt en bordure de la vallée de la Moselle, traverse le « pays du fer ».
Le sentier parcourt la forêt, atteint la ferme des Haras. Nous contournons les prairies qui dépendent de la ferme et descendons dans un vallon. Nous remontons vers une petite clairière puis par une allée forestière atteignons Liverdun, site agréable sur une boucle de la Moselle, en partie perché sur une colline. Après le village, nous empruntons une route revêtue au bord du canal qui longe la Moselle, sur quelques kilomètres.

Le GR 5 abandonne l'orientation générale est - ouest qu'il gardait pour parcourir le plateau lorrain, et s'oriente franchement vers le nord. Arrivés à hauteur d'un dépôt de ferraille, nous tournons à droite dans un sentier qui va serpenter au fond d'un vallon. Nous sortons du bois, d'abord en lisière puis entre deux champs. Des couples de milans se livrent à des circonvolutions dans le ciel. Le temps, couvert jusqu'à présent, se dégage.
Nous pénétrons dans la zone occidentale du parc naturel régional de Lorraine. Des calcaires terreux de couleur ocre apparaissent sur le trajet du GR.
Nous atteignons Rosières-en-Haye entre un grand crucifix et une ancienne citerne à eau. Nous retrouvons la voiture dans le village à 17h.

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Samedi 25 juin 1983 : Rosières-en-Haye – ruisseau d’Esch.

 Navette voiture-vélo.

Nous commençons à marcher à 19h, sacs à dos chargés pour le week-end.
Alternance de champs et de boqueteaux.
Au point culminant de la colline, nous avons une vue sur la base aérienne de Toul-Rosières et, plus loin, sur le mont St Michel qui domine la ville de Toul.
On traverse Rogéville. Par une petite route, on descend dans la forêt vers la vallée d'Esch. Ce parcours, varié et pittoresque, traverse la « Petite Suisse lorraine » où serpente le ruisseau, bordé de collines à la riche flore. On longe une clairière puis on pénètre à nouveau en forêt. On atteint les ruines d'un moulin, au bord du ruisseau d'Esch.

Il est 20h30. Nous ne traversons pas le ruisseau qu'il faudrait passer à gué. Malgré l'aspect lugubre du lieu, nous décidons de planter la tente ici, à proximité du cours d'eau et des ruines. Le temps, orageux, se gâte. Après avoir mangé, nous nous réfugions sous la tente.
A la tombée de la nuit, deux voitures en provenance du village proche franchissent le ruisseau à gué et s'arrêtent. Les conducteurs s'approchent de la tente. « Z'avez pas vu...? » « Non, nous n'avons pas vu... » Demi-tour. Re-gué. Ouf !
Alors l'orage éclate. Pas très violent, il est vrai.

Dimanche 26 juin 1983 : Ruisseau d’Esch - Vilcey-sur-Trey.

A 9h, nous franchissons le ruisseau à gué ; après quoi nous enfilons nos chaussures de marche.
A gauche sur une crête, on aperçoit la ferme fortifiée de Pierrefort puis on entre dans Martincourt. Le village est plongé dans une brume provoquée par l'humidité de la nuit. On franchit deux fois le ruisseau dans un méandre, par d'étroites passerelles de pierre. 


On débouche sur le minuscule hameau de 
Saint-Jean, situé en plein cœur de la Petite Suisse lorraine. C'est un havre de calme et de silence. L'humidité est encore importante.
A la sortie du hameau, nous empruntons un grand chemin puis un sentier qui serpente à travers les arbres. Nous sortons de la forêt puis montons peu à peu à travers champs et atteignons le village de Mamey. Après le village, nous suivons la tranchée de Mamey pour rejoindre Montauville, en banlieue de Pont-à-Mousson.

Un peu à l'écart du lit de la Moselle, le sentier va maintenant gravir les unes après les autres les collines qui la bordent à l'ouest.
A l'église, le sentier monte dans le bois Le Prêtre et rejoint la Croix aux Carmes, monument commémoratif des furieux combats qui eurent lieu ici de janvier à août 1915. Les combats du bois Le Prêtre ont fait 7000 morts, 22000 blessés et autant vraisemblablement du côté allemand.
Le sentier chemine ensuite au milieu de vestiges de tranchées puis descend à Vilcey-sur-Trey. Il est 15h30. Nous y retrouvons la voiture.

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Samedi 29 octobre 1983 : Vilcey-sur-Trey - Prény.

 Dans l'après-midi, nous parvenons à Vilcey-sur-Trey. J'emmène la voiture à Ars-sur-Moselle et rejoins Viviane en auto-stop.

Nous démarrons à 16h30. Viviane est frigorifiée de m'avoir attendu  à l'entrée du village sous un abri précaire.
Nous montons dans un bois aux belles couleurs d'automne que nous traversons. Nous débouchons au fond d'un vallon et contournons une ferme au large toit rouge, Sainte-Marie-aux-Boisvestige du premier site de l'abbaye des Prémontrés, fondée en 1125 par le duc de Lorraine. C'est une propriété privée.
Il commence à faire sombre. Nous remontons dans la forêt jusqu'à une lisière, à la croisée de quatre chemins. Il est 18h. La nuit tombe.
Nous dressons la tente en ce lieu puis nous mangeons dehors à la lumière de la torche électrique. Nous ne nous attardons pas à l'extérieur. L'humidité et le froid nous font rejoindre nos sacs de couchage.

Dimanche 30 octobre 1983 : Prény - Gorze.

 Il a gelé pendant la nuit. Tout est givré autour de nous lorsque nous sortons de la tente. Il fait très beau et froid. Le café sur le butagaz nous revigore.

Nous nous mettons en route à 8h30, traversons la forêt, débouchons dans des prairies. Une escouade de chasseurs s'apprête à partir en opérations. En face, ruines imposantes d'un important château féodal qui surplombe le village. Nous pénétrons dans Prény.
Ce village a été la première capitale du duché de Lorraine, avant Nancy.
Le sentier s’abaisse alors dans un vallon et contourne Pagny-sur-Moselle. Il s’élève ensuite vers le Haut de la Côte. Au sommet, très jolie vue sur Pagny, Prény et la vallée de la Moselle. Nous poursuivons en forêt, débouchons sur une clairière en plein bois puis descendons sur Onville.
Passage sous la voie ferrée que nous longeons ensuite jusqu'à Bayonville. Nous franchissons le rupt de Mad sur un vieux pont. Après le village, on grimpe dans le bois pour atteindre le col de Rudemont (250 m), à la jonction de cinq chemins.
A l'est, le Rudemont (303 m) fut la plus importante station de Lorraine au temps de la pierre polie.

Depuis cet embranchement, on rejoint la limite départementale qu'on longe sur deux kilomètres. On pénètre à nouveau en Moselle dans le bois Le Prince pour redescendre sur Gorze, village célèbre des côtes de Moselle pour son antique abbaye fondée en 749 ainsi que pour ses eaux, notamment la source romaine exploitée depuis 2000 ans.
Il est 16h30. Viviane est épuisée d'une journée de 8 heures de marche.

Je pars en auto-stop chercher la voiture que j'avais laissée à Ars-sur-Moselle.

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Samedi 28 avril 1984 : Gorze - croix St Clément.

 Arrivé à Gorze avec Viviane à 15h30, j'emmène la voiture à Amanvillers et reviens en auto-stop.

Gorze est le point de départ de l'ancien aqueduc romain qui conduisait les eaux jusqu'à Metz. Cet aqueduc souterrain existe encore sous les maisons du village. Quant à la source romaine, elle continue toujours à alimenter Metz (par une nouvelle conduite).
Cette région des côtes de Moselle est balisée par le Club Vosgien ! Nous y retrouvons les marquages que l'on trouvait en Alsace.
C'est le printemps. Nous commençons à marcher à 18h en quittant Gorze le long du flanc sud du mont St Blin. Nous montons par une petite route à travers prés jusqu'à la lisière et nous pénétrons en forêt. Arrivés sur le plateau, nous atteignons le carrefour de la croix St Clément, point de départ de nombreuses promenades. Nous empruntons une large allée puis décidons de nous arrêter en bordure du chemin à 19h30.
Nous plantons la tente sur une petite plate-forme, dans un recoin sous des arbres, pour nous protéger d'un fort vent qui balaie le plateau. En contrebas, une carrière. 
Le vent soufflera toute la nuit...

Dimanche 29 avril 1984 : Croix St Clément - Amanvillers.

Journée ensoleillée.
A 9h, nous longeons le plateau : végétation de colline calcaire. Puis nous descendons dans le bois des Varieux, passons devant la « Pierre qui tourne », dolmen calcaire d'origine naturelle. Dans la descente, belle vue sur la vallée de la Moselle et la ville de Metz.
On aborde par un chemin pierreux le village de Rongueville, dans la vallée de la Moselle, sans y pénétrer. Après quelques méandres au milieu des jardins en fleur, on aboutit aux ruines de l'aqueduc romain.
Les arches, groupe de neuf piliers reliés entre eux par des arcs en plein cintre, sont les restes de l'aqueduc prolongeant la conduite souterraine venue de Gorze et enjambant la Moselle. De l'autre côté de la rivière, existe encore un plus grand nombre de piliers identiques.
On poursuit par la traversée d'une zone de vergers et potagers, et on aboutit à Ars-sur-Moselle. On quitte ici définitivement le parc naturel régional de Lorraine. Nous allons longer l'agglomération par l'ouest et la contourner par les coteaux en revenant plein est  à travers des jardins. On longe une cité ouvrière, on traverse à nouveau des vergers et on pénètre en zone boisée.

Le GR 5 rejoint Vaux puis va traverser successivement des communes bordant l'agglomération de Metz, sur les hauteurs : Jussy, Ste-Ruffine, Rozérieulles...
A Rozérieulles, le sentier grimpe sur un plateau de moto-cross et serpente en forêt, jalonné par de vieilles bornes en pierre. Il s’abaisse jusqu’au milieu de vergers et débouche entre deux murs à Châtel-St-Germain.
Il va longer la vallée du ruisseau de Montvaux, à proximité de la route, jusqu'à l'auberge du même nom. Ensuite il coupe le ruisseau, longe l'ancienne voie ferrée sous laquelle il va passer à hauteur d'un petit vallon. Il contourne ce vallon et longe à nouveau la voie ferrée par une succession de montées et de descentes. Il rejoint la route puis un peu plus loin franchit le ruisseau sur une passerelle en bois. On passe près des ruines du mur d'enceinte et on entre à 17h30 à Amanvillers, après une longue journée de marche.

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Samedi 18 août 1984 : Amanvillers - bois de Pierrevillers.

 Dans l'après-midi, j'emmène la voiture à Fontoy et reviens en stop à Amanvillers.

A 17h, nous quittons Amanvillers.
Nous passons sous une ligne à haute tension que l'on côtoie un moment avant d'emprunter un chemin empierré. On traverse l'autoroute Metz - Paris, puis on rejoint le carrefour Marengo.
Là, nous rencontrons un jeune randonneur qui traverse la France à pied et qui remonte le GR 5. Nous cheminons avec lui, tantôt sous taillis tantôt en lisière de forêt, puis le long de la carrière de pierre de Jaumont. Le temps est instable.
Nous passons sous un convoyeur aérien de minerai de fer, traversons le carrefour forestier de la croix David pour rejoindre une route. Nous pénétrons dans le bois de Pierrevillers. Au bout de 500 mètres, nous nous arrêtons dans un pré en lisière, à 18h30.
Nous installons notre bivouac, les deux tentes à proximité l’une de l’autre. Nous partageons nos provisions et passons la soirée au bord de la tente jusqu'à ce que la pluie se mette à tomber.

Dimanche 19 août 1984 : Bois de Pierrevillers - Fontoy.

Lorsque nous nous réveillons, notre compagnon est déjà reparti.
Nous reprenons tous les deux la marche à 8h et serpentons un grand moment dans la forêt de Pierrevillers. Nous rencontrons de vieilles bornes doubles (sur l'une d'elles, une croix de fer allemande gravée). Nous parvenons à la côte de Drince (395 m) où est érigée en forêt une tour métallique. Du sommet de cette tour, nous avons une vue sur la vallée de la Moselle et sur le pays minier de la vallée industrielle de l'Orne.
Par un parcours agréable sous forêt, tantôt descendant tantôt montant, nous contournons le bois de Louyot et le bois St Paul, pour atteindre une route départementale  à hauteur du chalet des Trois-Hêtres. Par un layon très raide, nous rejoignons deux énormes conduites qui transportent le gaz de haut-fourneau depuis les usines de Joeuf-Homécourt jusqu'à la centrale électrique de Richemont sur la Moselle. Nous passons sous ces conduites et allons les longer pendant deux kilomètres en descendant le bois de Rombas.
Nous atteignons la vallée industrielle de l'Orne où « fleurissent » les mines de fer et les aciéries. Nous traversons Rosselange, village rendu encore plus triste par le ciel gris. Nous longeons la cité ouvrière de Bouswald puis remontons le vallon jusqu'au carrefour de Tréhémont (326 m).
Ensuite, après un passage en forêt, nous débouchons sur Neufchef. La pluie nous surprend à l'entrée du village. Nous nous abritons un quart d'heure sous un abri sommaire. Quand la pluie s'arrête, nous traversons la localité. L'architecture de ces villages du nord de la Lorraine nous change des régions traversées auparavant. Les portes de granges lorraines arrondies des villages agricoles ont disparu. Tout est plus sévère, ordonné, triste. Entre Neufchef et Fontoy, nous sommes proches de la frontière linguistique entre les deux Lorraines, l'une germanique au nord et à l'est, l'autre romane au sud et à l'ouest.
Nous grimpons à travers une hêtraie puis longeons une sapinière jusqu'à un beau hêtre solitaire. Nous poursuivons tout droit sur le plateau et débouchons au-dessus d'une vallée. Nous allons longer cette vallée à mi-coteau, le long de la voie ferrée. Nous surprenons deux renardeaux qui s'amusent sur le chemin, insouciants.

Nous atteignons une terrasse avec une statue de la Vierge, qui domine le village de Fontoy. Nous descendons alors par un escalier, longeons un ancien château-fort construit sur une forteresse romaine. Ce village était à l'origine une création militaire romaine. Nous passons sous la voie ferrée et pénétrons dans Fontoy à 17h, après une journée de 9 heures de marche.

*****

Samedi 6 avril 1985 : Fontoy - Algrange.

Week-end de Pâques.
Nous partons chez nos amis Gisèle et Mike, à Oudrenne, en Moselle. Dans l'après-midi, Gisèle nous  emmène sur le GR 5.

A 17h, sacs à dos chargés, nous commençons tous les deux à marcher au départ de Fontoy.
Une petite route empierrée monte sur le plateau.
Nous passons sous un transporteur aérien de minerai de fer puis descendons rapidement à travers bois. Au fond du vallon, le sentier rencontre les premières installations de la mine de Burbach. Il serpente à flanc de colline, passe à côté d'un restant de voûte de pont et débouche sur une plate-forme. On aperçoit en-dessous, Algrange et ses usines, ses hauts-fourneaux.
A la sortie d'une des nombreuses galeries de mines abandonnées qui débouchent à flanc de coteau, une reproduction de la grotte de Lourdes...

Nous nous arrêtons peu avant la tombée de la nuit sur une de ces plates-formes. Nous campons au-dessus du village, dont les lumières commencent petit à petit à éclairer la vallée. Ambiance surréaliste : nous, près de la tente, avec le réchaud, et les derniers oiseaux qui se font entendre ; en contrebas, le village qui plonge dans l'obscurité, et les lueurs des hauts-fourneaux qui prennent le relais...

Dimanche 7 avril 1985 : Algrange - Rumelange.

Départ à 9h.
Le GR suit à flanc de coteau un chemin qui domine les mines de Sainte-Barbe et d'Angévillers ainsi que les cités ouvrières. Plus loin, il longe l'entrée de la mine de fer de Rochonvillers puis rejoint le carrefour routier de Bellevue. On aperçoit Thionville dans la vallée.
Nous nous détournons du GR pour rejoindre une colline culminant à 393 m, le mont Saint-Michel. Nous faisons le tour de cette colline boisée, lieu de légende et de pèlerinage pour les habitants de la région : Irmengarde et Gerlach le lépreux, les fiancés du mont St-Michel.
De retour au carrefour, nous continuons le GR et passons à côté de vieux blockhaus. Le sentier serpente dans le bois de la Côte puis le bois du Haut, parmi les chênes et les châtaigniers. Après un carrefour sur une ancienne route militaire, le GR 5 descend en forêt pour rejoindre Escherange.
Ce village, installé au contact des calcaires et des marnes jurassiques, est sur une ligne de sources où venaient se ravitailler les populations des villages voisins qui prêtaient des pouvoirs miraculeux à certaines sources. Le village a été détruit pendant la guerre, alors que sa population émigrait dans la Vienne. Il a été reconstruit en 1947 aux mêmes emplacements.
Après la traversée du village, nous montons entre deux champs vers le bois du Welschgrund. Nous contournons un vieux wagon de chemin de fer (rendez-vous de chasse) puis suivons la lisière du bois des Quatre-Seigneurs. Ensuite le sentier se poursuit à travers champs et cultures, sans balisage. Il rejoint la D15, passe devant la ferme du Château.
Peu après, dans un virage, le sentier se faufile derrière une maison abandonnée et vient buter sur une levée de terre. D'importants travaux routiers modifient profondément la topographie des lieux. Plus de chemin ! Au hasard, nous descendons à flanc de l'autre côté de la butte et retrouvons le sentier en contrebas. Nous atteignons en forêt une borne-frontière avec, sur les faces opposées, les lettres L et F.
Nous pénétrons alors dans le territoire du Grand-Duché de LUXEMBOURG. Nous traversons un petit bois de sapin. Ici cesse le balisage blanc et rouge du GR. Débute alors un balisage luxembourgeois spécifique. Le GR ne portera plus que la dénomination « sentier européen E2 ».
Nous continuons sur des chemins forestiers, en longeant plus ou moins la frontière. Le ciel est gris et le temps continue à se dégrader. Le vent se lève.

A 17h, arrivés à un point coté 409, juste sur la frontière franco-luxembourgeoise, nous décidons de bivouaquer. Nous plantons la tente dans une clairière, en lisière de forêt. En contrebas, dans la vallée, la cité luxembourgeoise de Rumelange. La pluie se met à tomber, nous confinant sous tente. Des bourrasques de vent violent malmènent la toile. La tempête va durer toute la nuit.

Lundi 8 avril 1985 : Rumelange - parc de Bettembourg.

Au matin, Viviane découvre que « tiens, il a plu ! ».
Il fait froid, mais le temps s'améliore. Nous quittons la clairière à 8h30, traversons une belle hêtraie et atteignons le Hesselsbierg, colline qui domine le village de Tétange vers lequel nous descendons. Une belle luminosité matinale s'installe avec le départ des nuages. On traverse le village luxembourgeois puis on remonte sur le plateau jusqu'à un ancien crassier partiellement reboisé. On parcourt les champs du plateau à la terre rouge du Gaalgebierg, où l'on trouve des minières désaffectées. Nous contournons le Gehaansbierg en suivant partiellement un chemin de croix et nous descendons la butte boisée jusqu'à Budersberg.
On quitte ici les terres rouges du minerai de fer oolithique. Le sentier adopte une orientation générale ouest - est, en direction de la vallée de la Moselle.
Nous atteignons une grand-route au nord de l'agglomération de Dudelange. Nous traversons ensuite Burange, continuons sur un chemin goudronné qui contourne l'agglomération. On s'arrête sous un kiosque en bois, à l'orée d'un bosquet. Là, on se prend un pastis bien frais (acheté à Burange dans une station-service) et on mange sur le banc, pendant que la tente sèche.
Ensuite, il nous reste à rejoindre la ligne de chemin de fer Luxembourg - Metz (que l'on traverse sur un pont) puis l'autoroute. C'est sur ce trajet que Viviane découvre que j'ai un cheveu blanc !
On longe la ligne de chemin de fer puis on repasse sous l'autoroute par une route secondaire. On atteint un petit bois. La traversée de ce bois nous amène à 14h40 sur la N13, à 250 mètres du Parc Merveilleux de Bettembourg (parc de loisirs).
Gisèle vient nous rechercher en voiture à cet endroit (rendez-vous pris par téléphone à Burange).

*****

Vendredi 28 mars 1986 : Parc de Bettembourg - Aspelt.

Un an plus tard : Vendredi saint (férié)*.
Viviane et moi arrivons à Bettembourg à 11h. Je laisse Viviane dans un bistro et emmène la voiture à Wormeldange. Je reviens en auto-stop.

Nous commençons à marcher à 13h30. On traverse un petit bois où l'on s'arrête aussitôt pour manger sur un tronc d'arbre ensoleillé d'une clairière.
Nous abordons le Gutland (le « bon pays »), prolongation du plateau lorrain, sur des terrains essentiellement marneux où le sentier évoluera jusqu'à la vallée de la Moselle.
Les sacs à dos sont chargés pour trois jours de marche. A travers bois et prés vallonnés, on atteint dans l'après-midi le hameau de Hau, sur la N3. On poursuit sur une petite route jusqu'à la ferme du Krokelshaff. Là on descend à droite dans les prés vers le ruisseau de la Gander, pour remonter ensuite la colline du Galgebierg. Un soleil oblique illumine le paysage. Mais il ne fait pas chaud et les sacs sont lourds. De plus, un vent froid souffle sur le haut de la colline.
Nous descendons sur le village d'Aspelt que nous contournons. Puis un chemin rural nous amène en plein champ, en un point situé juste sur la frontière entre le Luxembourg et la France.
Il est 18h30. Nous décidons de camper là, en bordure de champ. La nuit tombe peu après. Nous bénéficions d'un beau coucher de soleil.

*Jour férié en Alsace, où nous habitons à cette époque.

Samedi 29 mars 1986 : Aspelt - le Scheierbierg.

Nous levons le camp à 8h30 et pénétrons en territoire français.
Le ciel est menaçant. Vers le sud, on a une vue sur le paysage lorrain dans ses larges étendues cultivées et boisées. On descend vers le ruisseau-frontière de la Gander, à hauteur d'Altwies (L). On longe le plateau sur des chemins ruraux jusqu'à une chapelle. On traverse la rivière Gander, entrant à nouveau au Luxembourg et quittant définitivement la France.
On arrive à la station thermale de Mondorf-les-Bains. Des giboulées violentes alternent avec des éclaircies ensoleillées lorsque nous traversons la ville. Nous nous égarons quelque peu vers le parc de la station thermale et retrouvons le balisage au-dessus de la ville près d'un réservoir.
Nous rejoignons une route secondaire qui nous mène à travers prés et champs au village d'Elvange. Encore des giboulées ! On poursuit sur le plateau le long d'une petite route toute droite, pendant trois kilomètres. On s'arrête près d'un réservoir pour manger et faire sécher la tente sur l'herbe au soleil. Heureusement, pas de nouvelle giboulée !

Ensuite nous débouchons au bord du plateau près d'une grande croix, au lieu-dit Kapberg, qui domine la vallée de la Moselle. En contrebas, Remerschen et plus loin Schengen, à la frontière entre la France, le Luxembourg et l'Allemagne...
A la croix, jonction avec le sentier européen E3 (Atlantique - forêts de Bohême), avec lequel nous allons avoir un parcours commun sur une grande partie du territoire luxembourgeois. A partir de cet endroit, le GR va suivre une orientation générale sud - nord, longeant à nouveau la vallée de la Moselle, frontière avec l'Allemagne.
Nous pénétrons dans une région de vignobles s'étageant en terrasses sur les flancs des coteaux.
C'est le midi du Benelux où, sous un ciel plus clément qu'ailleurs dans le pays, les villages se blottissent  à l'issue des vallées latérales. En bas, la Moselle est canalisée, aménagée pour la grande navigation fluviale.
Par des forêts et des vignobles, on descend à Wintrange. Depuis le village, par un escalier, on monte jusqu'à une grande statue de St Donat, sur la colline du Felsbierg. On a une belle vue sur les gravières bordant la Moselle. Puis on traverse deux petites forêts et l'on descend dans les vignobles jusqu'à Wellenstein.

Nous nous arrêtons dans une auberge pour nous reposer et déguster un petit vin blanc de Moselle.
Le froid nous saisit au sortir de l'auberge. Nous traversons le village, coincé dans une vallée latérale. Au moment de monter le long d'un petit bois, une tempête de grêle, aussi soudaine que brève, s'abat sur nous. On se protège sous les arbres pendant quelques minutes avant de continuer vers le plateau. Après un passage d'un kilomètre sur la route Rémich - Mondorf, nous tournons hors GR sur un chemin à gauche qui nous mène au Scheierbierg (284 m).
Nous montons la tente vers 18h près d'un bosquet, sur l'herbe blanchie par la grêle. Nous mangerons sous la tente, sans nous attarder à l'extérieur.

Dimanche 30 mars 1986 : Le Scheierbierg - Wormeldange.

A 9h, nous rejoignons le GR puis empruntons un chemin viticole qui descend à flanc de coteau jusqu'à la ville de Remich. C'est une belle petite ville, avec de vieilles rues étroites où subsistent d'anciennes maisons avec des portes de chêne sculptées.
Nous passons sous l'ancienne porte St Nicolas et longeons la Moselle. Le soleil joue à cache-cache avec les nuages. On tourne à gauche sur une promenade le long d'un petit ruisseau, à l'orée de la forêt. On rejoint ensuite un chemin rural goudronné qui traverse la forêt de Remich. « Moria ! », nous lancent quelques promeneurs, nous rappelant qu'ici, le long de la frontière allemande, le parler luxembourgeois ou l'allemand sont plus utilisés que le français.
On traverse Stadtbredimus. Par des chemins dans les vignes, goudronnés en grande partie, on se dirige vers Greiveldange. En cours de route, belle vue sur une écluse et un méandre de la Moselle ainsi que sur le village allemand de Palzem. Après Greiveldange, le GR prend de la hauteur. Nous nous arrêtons pour manger dans la nature en essayant de nous protéger du froid. Va t'il pleuvoir ou neiger ?
Le chemin viticole goudronné, à travers les vignes dénudées, nous mène à Ehnen (141 m), au bord de la Moselle, en face du musée du vin. On quitte ce village par un nouveau chemin viticole dominant la vallée (vue étendue). On arrive à Wormeldange-Haut, sous la pluie, à 14h30. Il nous reste à rejoindre la voiture sur un parking en bordure de la Moselle.

*****

Samedi 17 mai 1986 : Wormeldange – Elterbierg.

 Viviane et moi arrivons à Wormeldange à 17h15. J'y laisse Viviane et emmène la voiture à Born. Je reviens en auto-stop.

[Le 26 avril dernier s’est produite la catastrophe nucléaire de Tchernobyl.
En France, comme chacun le sait, le nuage radioactif s’est poliment arrêté juste à la frontière ! Pendant que les Français consomment lait, fromages, légumes frais et salades comme si de rien n'était, les Luxembourgeois s'efforcent de limiter les contaminations radioactives : maintien à l’étable des troupeaux, restrictions sur la consommation de lait, interdiction de consommer les légumes à feuilles et l’eau de pluie.]

Nous rejoignons le GR au-dessus de Wormeldange. Par un escalier, nous atteignons une chapelle qui domine la vallée. Après cela, nous longeons la hauteur sur une petite route viticole jusqu'au sommet de l'Elterbierg.
Nous y installons la tente à côté des vignes et nous y passons la soirée.

Dimanche 18 mai 1986 : Elterbierg - Wasserbilig.

Nous quittons la colline à 7h30.
Nous empruntons un escalier puis descendons à flanc sur une petite route goudronnée qui rejoint Ahn. On remonte sur les coteaux jusqu’au Pellembierg, une forêt de buis à la végétation quasi méditerranéenne (localisée sur quelques versants chauds de la vallée de la Moselle). On entre à nouveau dans les vignobles à flanc, puis on longe une forêt sur sa lisière inférieure avant de retrouver les vignes. A l'occasion de travaux, on remarque au sol le gypse qui affleure dans les marnes.
On atteint Machtum, sur un méandre de la Moselle. On remonte ensuite sur les hauteurs et les escarpements dominant la rivière, interrompus par le vallon du ruisseau Kelsbaach encastré dans le calcaire coquillier.
Nous continuons dans le vignoble avant de redescendre sur une petite chapelle qui domine la cité de Grevenmacher. Quelques escaliers et nous arrivons en ville, centre viticole de la Moselle luxembourgeoise. 
Nous contournons la ville et nous éloignons de la Moselle en montant vers la colline du Groestaen, où subsiste un reste de dolmen néolithique. Nous y avons une belle vue sur les vallées de la Sûre, de la Syr et de la Moselle. Nous descendons sur Manternach, dans la petite vallée de la Syr. Plus ou moins parallèlement à la ligne de chemin de fer Luxembourg - Trèves que l'on franchit plusieurs fois (aqueducs en pleine forêt), nous repartons vers l'est. Nous rejoignons par un chemin très raide  une table de pique-nique, devant une maison de campagne.
A travers champs, prés et bois, on atteint une route qui nous mène au Bocksbierg, colline qui surplombe Wasserbilig. Cette ville se situe au confluent de la Sûre et de la Moselle.

Nous nous installons à 18h dans un verger en fleurs qui nous offre un magnifique panorama sur la Moselle et la vallée de la Sûre. Nous passons la soirée dans l'herbe, sous les arbres, à contempler la vallée, fatigués par une journée de 10 heures de marche.

Lundi 19 mai 1986 : Wasserbilig - Rosport.

Nous ne descendons pas en ville.
Le sentier quitte la Moselle. Il va suivre maintenant tantôt de près, tantôt à distance, la vallée de la Sûre (toujours frontière avec la R.F.A.).
Il s’abaisse au milieu des vignes puis par la forêt jusqu’au niveau de la Sûre, pour remonter ensuite doucement vers les vignobles. Belle vue sur un méandre de la Sûre, encerclant le village allemand de Langsur. On contourne des carrières de dolomie en traversant un bois. On rejoint Moersdorf ; on monte au Deiwelskapp (Tête du Diable). Falaises de grès sur le parcours, découpées par la pluie et le gel, elles ressemblent à des murailles. Dans les pentes, des marches en pierre.
Par un sentier à flanc de coteau dans une végétation humide, après une pluie, on atteint Born. C'est là que j'avais laissé la voiture samedi soir.

Je reprends la voiture et la conduis à Rosport. Je reviens en stop.

Viviane m'attend dans un café. Nous rejoignons le GR au-dessus du village, avec un sac à dos fortement allégé. Nous nous arrêtons pour manger sur un banc. Après cela, nous reprenons sur une route, à travers les derniers vignobles que nous rencontrerons (indiquant l'éloignement de la Moselle).
Le soleil chauffe à nouveau. Viviane retire son tee-shirt pour marcher torse nu. C'est à ce moment qu'arrive en face un groupe de promeneurs luxembourgeois, visiblement ravis !
On traverse un bois et deux ravins  et l'on arrive au hameau de Gisterklaus : chapelle du XIIe siècle et lieu de pèlerinage. Ensuite, par un chemin forestier, on rejoint Rosport à 16h45.

*****

Dimanche 10 avril 1988 : Rosport - Echternach.

Deux ans plus tard. Retour à Rosport.
Je laisse Viviane sur place puis emmène la voiture à Vianden. Je reviens en auto-stop.

Départ, assez lourdement chargés, pour quatre jours de marche.
Nous nous mettons en route à 18h et montons dans la forêt, en bordure des plateaux occupés par des champs et des vergers (pommes). On passe bientôt au pied d'impressionnantes parois rocheuses : Roudeschleff, Veitcheslay (formations calcaires et dolomies).

Après ces parois, nous descendons à flanc de coteau vers la vallée de la Sûre. Peu avant la tombée de la nuit, à 20h, nous nous arrêtons dans un pré, à côté d'un petit bosquet, au-dessus d'Echternach. Nous montons la tente et nous installons pour manger et passer la nuit.

Lundi 11 avril 1988 : Echternach - Beaufort.

 Il a gelé cette nuit. Lorsque nous sortons de la tente, tout est givré autour de nous.




  Vallée de la Sûre 

Après avoir pris le petit déjeuner, nous replions la tente mouillée et descendons sur Echternach vers 10h. Nous traversons le parc public parallèlement à la Sûre et entrons en ville pour faire quelques courses.
Echternach est une jolie petite cité, important centre touristique et ancienne ville abbatiale.
En face de la gare routière, on monte par un sentier raide jusqu'à un point de vue dit « Trooskneppchen ». On entre en forêt et l'on traverse alors le site impressionnant des Gorges du Loup.

       

Un sentier nous permet d'accéder au sommet des rochers, d'où l'on a une vue sur la vallée de la Sûre et sur Echternach. Nous sortons le réchaud pour manger sur le site notre nourriture lyophilisée.
Nous continuons par de belles forêts de haute futaie dans un paysage particulièrement attachant qui atteint parfois une grandeur sauvage : le massif de grès du Luxembourg aux formes capricieusement déchiquetées.
De superbes forêts où le hêtre prédomine couvrent la plus grande partie de ce plateau dans lequel les cours d'eau ont taillé des ravins profonds.
Nous atteignons donc le ruisseau de l'Aesbach, dominé par des rochers de grès et une forêt de hêtres impressionnante et profonde. On passe au site de la Hollay (roche creuse et ancienne carrière de pierres meulières).



  
On remonte ensuite sur le plateau, et à travers champs on rejoint Berdorf. On s'arrête dans un bistro pour boire un verre avant de quitter le village en suivant le cours d'un ruisseau.
Nous descendons alors vers la vallée de l'Ernz Noire. On passe devant une grotte puis auprès d'étroites gorges impressionnantes profondément entaillées dans le grès : Zigzagschloeff, Sieweschlöff... tout en longeant vers le nord les falaises qui dominent la vallée, lieu de varappe.


Nous faisons une pause sur un banc, sous les falaises.


Après un sous-bois de houx, on arrive au point de vue du Kasselt qui surplombe Grundhof, situé au centre de la Petite Suisse luxembourgeoise, où l'Ernz Noire se jette dans la Sûre.


Au fond du vallon, nous longeons le hameau et la ferme de Grundhof.
Nous allons maintenant remonter le ruisseau de la Hallerbach, dominé par la hêtraie et d'importantes formations rocheuses. Le ruisseau saute par mille petites cascades entre les blocs de grès et les rochers. Le sentier se fraie un passage au milieu de ce chaos et devient par moment difficile et glissant, la fatigue se faisant sentir.
Nous atteignons enfin Beaufort (357 m), village touristique situé au sommet d'une colline. Nous contournons le château médiéval voisinant avec un château Renaissance. Nous nous détournons du sentier pour rejoindre le camping du village à 20h.

Premier contact avec les campings du Benelux, plutôt réservés aux caravanes et mobil-homes, et qui servent surtout de résidences secondaires aux habitants de la région. Pour l'heure, le camping est plutôt désert. Pratiquement personne dans les caravanes, et surtout pas de gens de passage.
Nous plantons la tente à l'écart et y passons la soirée.